Compte-rendu de l’assaut XXIV

Or donc, il advint que l’ennui s’empara de Quasimassacre. Le spectacle des hommes commettant le mal qui le rendait jadis si joyeux avait fini par le lasser. Conscient de son extrême misère, il décida de rendre visite à son suprême descendant, Quasimageot. Il savait que ce dernier était le seul à pouvoir mettre fin à cette malédiction.

Quasimageot résidait dans un palais de granit niché en plein centre de la Terre et n’avait jamais pris la peine, jusque-là, d’accueillir qui que ce soit. Et pour cause. Sa demeure était loin d’être aussi majestueuse que celles des autres divinités. Le sol était juché de coffres débordant non pas de trésors mais de pilons, verres et autres cochonneries que seul un fou aurait jugées utile d’accumuler. Les murs quand à eux étaient recouverts d’affreuses cartes déchiquetées, aux recoins brûlés et martelées de glyphes indéchiffrables.

Au centre de la salle principale, on trouvait l’unique structure donnant un peu de prestance à ce lieu sinistre : une fontaine étrange d’où jaillissait perpétuellement une sorte de magma pourpre. L’enfant soi-disant prodige était assis là sur le rebord et fixait le bassin d’un œil hilare quoiqu’imbécile. Quasimassacre outré par tant de désinvolture ne put réprimer un rugissement qui fit trembler les murs de cet antre misanthropique. Mais quelle ne fut pas sa surprise lorsque Quasimageot lui révéla qu’il connaissait déjà le motif de sa visite. Par pure malice, le jeune dieu du mal proposa alors un marché à son aïeul : s’il parvenait à le sortir de son ennui, les deux divinités échangeraient leur résidence respective. Quasimassacre n’avait aucune envie de passer l’éternité dans ce palais sordide mais l’idée d’être enfin libéré du fardeau de son ennui acheva de le convaincre. Pour sceller leur pacte, Quasimageot plongea un calice de givre dans la fontaine de vin qu’il tendit avec entrain à son invité : « Bois et regarde au fond du bassin, Quasimassacre. Savoure tes derniers instants d’ennui et contemple le destin de mes fils favoris, de mes assassins…»

« Piano Nebout. Impossible pour le Colonel de ne pas s’arrêter devant cette enseigne de magasin juxtaposée à la rue du Vino. Posant rapidement son pack de bières, il saisit son appareil photo et immortalise le nom drolatique en sifflotant « Il jouait du piano Nebout, c’est peut-être qu’un détail pour vous… » Une fois arrivé devant la porte du Vino, il réalise avec surprise que le code ne marche pas. Le Vino lui explique alors qu’il s’agit du numéro 9, et non pas du numéro 6 : le Colonel a tout juste le temps d’entendre le Cartographe ricaner en arrière plan car le Général vient d’apparaître. Il a la démarche légère et le cheveu court : bref, il n’est pas hyper content.

A l’entrée, le Vino accueille chaleureusement les deux compères. Le Colonel propose d’enlever ses chaussures mais le cœur n’y est pas vraiment, c’est pourquoi il est assez heureux de voir le Général avançant tout en s’en battant les couilles des lois de l’hospitalité. Dans le salon, quel spectacle ! La dulcinée du Vino boit tranquillement du thé mais surtout les paroles du Cartographe qui lit fiévreusement une notice d’antibiotique : en effet, il se serait planté un couteau dans la main le matin même, ce qui l’aurait dispensé de travail pour la journée. « Impossible de boire ce soir » annonce-t-il au Colonel piteusement, mais le Colonel souligne que ça sera donc comme d’habitude.

Les bières sont ouvertes, les gressins sont mordus d’une dent acerbe quand retentit un appel du Kamel qui se voit contraint d’arriver les mains vides mais le Vino dans son immense mansuétude s’en fout royalement. L’espace de quelques minutes, on assiste au pré-assaut le mieux élevé de l’histoire du Club : le Général fait des mondanités avec la femme du Vino, pendant que ses trois frères observent dubitativement le Cartographe blessé qui en est à sa 3ème lecture de notice chiante.

Pourtant l’alcool commence à frapper le cœur des assassins : le sujet culture émerge naturellement et oppose le clan de la culture savante au gang de la culture populaire. A son apogée le débat oppose le Général au Vino au sujet du film « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Quasimageot ? » Pour détendre l’atmosphère, le Vino présente sa récente « Thé box » au Club ce qui pousse le Cartographe à demander à la Vinette © si « c’est celui là de thé que je bois ? » : le silence de la Vinette © laisse deviner que le Cartographe boit plutôt un sachet de Lipton citron, celui qui traîne dans le placard depuis leur dernier brunch estival.

Il est l’heure de partir à l’assaut : les 5 amis prennent donc le métro, direction Jaurès. Une fois arrivés, le Général fonce tel un animal pisser dans le canal. C’est le début d’une longue nuit de pisserie gargantuesque car une fois que les vannes ont été ouvertes, elles ne ferment plus. Sur le chemin, le Kamel et le Colonel inventent le jeu de mots de la soirée : « Dany Bo Bun ». Ils rient très forts sans se soucier des lendemains qui chantent. Les assassins débarquent sereinement au Point Ephémère où l’ambiance ne bat pas son plein. Sortis dehors pour fumer, le Général saisit le pastis boycotté par le Cartographe, et en renverse un peu sur le Vino. C’est le premier « enculé » de la soirée, lancé naturellement par le Vino à l’encontre du Général.

Comme toujours au premier bar, les assassins ont besoin de plus d’action, de plus d’émotions. Ils s’installent pourtant dans un troquet bien calme et boivent des caipirinhas bien dosées en mangeant des chips, t’entends ? des chips. Leur escale est agrémenté par le récit du Général qui raconte une nouvelle fois comment il a réussi à tenir la manette moins de 5 minutes consécutives chez les Cottier, ces incorrigibles gamers. Le bar suivant est le bon : celui où l’ivresse se déclenche enfin. Le Colonel prudent, lance une double tournée de shots maudits, bien que le Général grince des dents. Le Vino démarre un butinage honnête, révélant son immense tendresse à l’égard du Butin. Les coups sont bus, les blagues sont faites et bien sûr étape fondamentale de tout assaut : le flow du Vino est lancé. C’est plus de 20 minutes de freestyle en featuring avec le Général qu’offre le Vino à la foule en délire. Beaucoup de rimes en o et beaucoup de « si tu crois que c’est fini, c’est pas fini ».

Les assassins se retrouvent ensuite au Cinquante Bar. Le serveur est très sympa selon le Général mais le Colonel sait de source sûre que c’est une demi-vérité. Ce qui est sûr c’est que la tournée est offerte, même si le Général ne cautionne pas l’acte déloyalement commis par le Club. Il est à nouveau l’heure d’arroser les murs à gros jet. Le bar suivant est un pub très sympa, où les assassins peuvent s’installer tels des maitres du logis. Les assassins déconnent beaucoup et le Général invente la technique « barbe de Guinness » qui lui permet de tremper le menton dans sa bière afin d’asperger le Caméléon. Le Général et le Colonel cherchent à jouer aux fléchettes en pure perte puisque l’endroit ferme, telle une blague. En sortant, le Colonel dérobe quelques craies, ce qui lui permet de dessiner un superbe K-Zizi : accusé de blasphème par le Général, il échappe de peu à un blâme en souscrivant in extremis à un abonnement annuel au magazine Quasie Hebdo. Le changement d’heure a finalement raison du Vino et du Cartographe. Le Général ne demande pas « tu sais combien on est ? » car la réponse est désormais « on est trois ».

Pourtant les 3 camarades n’ont pas dit leur dernier mot : le Caméléon offre une tournée salvatrice pendant que le Général explore les alentours. Malgré la petite foule à l’extérieur du bar, il découvre abasourdi un sachet contenant des chapeaux d’anniversaires, une boite de houmous et un sachet de pain libanais : sa joie perce alors le plafond des cieux et il se gave joyeusement de houmous maison avec le Colonel qui prend soin d’immortaliser la scène qui restera gravée dans la mémoire du Club, pendant que le Kamel tangue sur le banc tel un “célibataire, harder, amateur de films amateurs”.

Suite à cet épisode, le Club se rend jusqu’au dernier bar afin de faire une carte complète. Sur le chemin, il rencontre un jeune gland aux cheveux verts qui s’exclament « Excusez moi vous savez où…? » Pas de temps mort pour le Général qui réplique du tac au tac « Y a pas d’excuses ! Tu sais pas qui on est ! » avant d’asséner un coup de pied retourné dans le type en question qui rigole car il a survécu. Le Général essaie de faire rentrer le Kamel dans un carton en pure perte et c’est à cet instant précis qu’on sait qu’ils ont atteints les 30 grammes de sang dans l’alcool.

Devant la Java, il n’y a pas beaucoup de queue quand on est ivre mort. Hélas, il faut retirer pour rentrer : c’est pourquoi le Général et le Colonel se rendent en mission commando pour retirer. Lorsqu’ils reviennent ils se font évidemment emmerdés par des gens qui les traitent de doubleurs alors que le Kamel avait soigneusement gardé la place. Le Général s’engrène verbalement avec un abruti prétendant pouvoir faire le chaud. Tout rentre dans l’ordre, d’autant plus que c’est Vercingétorix qui fait le videur.

À l’intérieur du club, les assassins se liquéfient de fatigue et d’ivresse. Ils boivent néanmoins une dernière bière, qui achève le Kamel qui s’effondre endormi sur une banquette, sous l’œil bienveillant de ses frangins. Ces derniers décident de faire un dernier tour de piste avant de partir prendre le premier métro : la folie les frappe lorsqu’ils aperçoivent le DJ qui ressemble à un mélange entre Stupeflip et un trans sorti tout droit d’un film d’Almodovar : il s’agit manifestement d’un boss pour tous de niveau 10. Dans le métro, les 3 assassins restant sont à bouts de force mais il savent qu’ils ont accomplis un assaut de légende. »

On raconte mais Quasimageot est plus savant, que Quasimassacre rit beaucoup en observant la scène du houmous maison. C’est pourquoi il accepta de bon cœur d’offrir son palais à Quasimageot. En signe de bonne volonté, ce dernier lui offrit la fontaine à Vino, qui permettait à quiconque d’observer les faits et gestes marrants du Club à tout moment et pour l’éternité. Il savait en faisant cela qu’il mettait fin à l’ennui de son piètre daron, ce qui émut considérablement Quasimassacre qui s’exprima à peu près en ces termes :

« - Mais Ô Quasimageot, en me faisant ce présent, te rends tu seulement compte que tu fais le… le bien ? »
« - Sache, Ô Quasimassacre, qu’il faut parfois faire le bien avant de faire vraiment mal. »

Alors sans un mot, Quasimageot transperça le coeur de Quasimassacre, sauf si le Mime avait prévu un autre déroulement pour la Genèse des dieux du mal, dans ce cas précis Quasimageot ne fit rien et partit en se marrant.

Le Colo