Assaut XXXI Octobre 2015

Mal installé dans un compartiment, c’est d’une main tremblante que j’écris ces premières lignes, rendant compte du dernier assaut. Si ma main tremble sur ce chemin contrariant vers les contrées lointaines, ce n’est rien comparé à ma mémoire qui vacille au moment de me remémorer cette soirée déroulée il y a plus de deux semaines de cela. Soirée que je tenterai ici de rendre mémorable, au premier sens que peut prendre ce terme.

Je me souviens d’un assaut organisé dans les toutes dernières heures, empêchant le Carto de réaliser une carte digne de ce nom, comme celles qu’il avait pris l’habitude de confectionner. Je me souviens de l’hommage du Colonel au Camel, l’absence du premier rendant immortel le second car il restera à jamais l’Assassin à avoir participé à tous les assauts. Un haut fait de longévité qui s’apparenterait presque à un César d’honneur. Je me souviens aussi du Peyo, dernier arrivé en date, me harcelant de questions préassales dont toutes les réponses se trouvaient sur Facebook : « c’est où ? c’est à quelle heure ? y a qui ? » et surtout « faut-il que je mange avant ? ». Un silence valant mieux qu’un pâle SMS « mais démerde toi » me parait alors la meilleure solution pour commencer un assaut sous de bonnes auspices. Je me souviens enfin du Batou me demandant « c’est quand ? c’est où ? y a qui ? ». Mutisme partiel.

J’arrive Place Monge à 19h pétantes, pour une fois pile à l’heure (donc en avance) et remarque même que je suis le premier, me permettant le luxe d’être là avant le Vino. Fidel à sa réputation, je le vois arriver 20 secondes plus tard, suivi de près par un duo Général - Peyo. La troupe se réunit et accompagne le Vino acheter quelques clups (sorte de clops du Club). De l’autre côté de la rue, tout est calme. Un bus passe et fait apparaitre comme par enchantement le Président du Mal. Il sait soigner ses entrées ce con … La troupe est alors au complet car Mime, Rodeur, Camel et Carto n’arriveront que plus tard. Manque donc la totalité de la team Sud Est, puisque manque aussi à l’appel l’Ingérable. Avant de s’élancer, le Général nous fait part de son état d’esprit, il nous dit que ce soir, ça va cogner. Ce à quoi le PdM répond une des punchlines de cette fin d’année 2015 : « non, ça va toquer ». Hommage.

Le premier bar est un Pub qui nous rappelle derechef que la soirée sera marquée du sceau des fesses rouges, car la France « défie » les Blacks en quart de finale de coupe du monde de Rugby (dans le Sud-ouest, prononcez [rubi]). Le gérant, qui ressemble à un bon père de famille avec sa moustache stalinienne, nous prévient qu’il ne reste que les tables du fond, et qu’elles sont réservées pour 20h30 et le début du match, tout ceci dans un anglais précaire. « Ah ah ah ! » s’exclament alors les Assassins dans un français hautain, comme pour lui faire comprendre que nous ne resterons pas longtemps dans son bouge infâme.

La première tournée dite « de l’Ingérable en happy hour » est pour le Vino, je l’accompagne au bar. C’est à ce moment que nous faisons connaissance avec la 8ème merveille du monde, une serveuse gréco-roumaine bonne à fond mais tirant une gueule de six pieds de long qui refusait de nous accorder sa charmante attention si nous ne lui parlions pas en anglais. Vino le multilinguiste (hin hin hin) s’efforce de se faire comprendre. Mais là, la serveuse se met à nous servir des verres dans une longueur infinie, sans rien dire. L’ambiance est pesante. Arrive alors le Général pour voir ce qui ne va pas et il reste bouche bée devant tout ce qu’il y a à voir. Devant son regard ébahi et sa langue pendante, je sors à haute voix, sûr qu’elle ne comprend pas un traitre mot de français : « elle est quand même super bonne ». Et là, elle me regarde droit dans les yeux. Gêné, je fais style que je parlais de la bière devant un Général hilare et un Vino médusé. A ce moment, pour ne pas paraitre plus con, le Gégé me donne un sticker K-zizi et me demande de le faire signer, en attendant l’arrivée du Carto. Et là, un changement s’opère. Décontenancée par la demande, un sourire apparait sur le visage de la belle blonde et elle bafouille un « but what do I have to do ? » que le Vino interprète comme voulant dire : « veux-tu que je te montre la lutte gréco-roumaine ? ». Elle finira par écrire son prénom sous la forme d’un griffonnage cyrillique bizarre.

Une quinzaine de minutes plus tard, le reste de la troupe arriva chacun l’un après l’autre. Les premiers échangent tournent autour de l’attraction number one, le match de rubi, puis sur la jeune serveuse. Le Général imite alors le Colonel en train « d’ouvrir » la chatte de ladite roumaine en lui criant à l’intérieur un « mimuuuuu » des grands soirs. Tous se marrent, franche poilade, le PdM dit qu’elle n’est pas si ouf alors qu’elle l’est.

En passant par-là, je profite pour lui demander son prénom en lui montrant son gribouillis et elle nous dit, toujours avec un sourire qu’elle s’appelle ERMIONI avec le « r » roulé sous les aisselles. Elle est mignonne mais nous devons la laisser car nos desseins la dépassent de loin. C’est surtout que le match approche et la team Rodeur-Peyo-Carto nous met la pression pour trouver un bar avec TV. Ce qui sera fait 30 mètres plus loin où nous intégrons un bar déjà bien rempli. L’endroit ne m’est pas inconnu et je remarque que nous marchons sur les traces de mon premier assaut, haut en couleurs, où nous avions fini fin bourrés avec le Camel et le Colo, grimpant sur les voitures et voyant le Général subir sa life, raccompagné en taxi tête baissée. La nostalgie me prend mais l’assaut bat son plein, Batou nous rejoint et le groupe se divise entre deux tendances : ceux qui ont faim, ceux qui ont soif. Malheureusement, je ne me rappelle plus bien des discussions, mais des choses se passent. Le Rodeur va voir le videur qui tente de nous faire comprendre qu’une ligne factice nous empêche de se mettre « trop dehors » alors que le Rodeur tente de lui faire comprendre qu’il ressemble à Thierry Dusautoir. Le videur se braque jusqu’à ce que le téléviseur montre le capitaine de l’équipe de France de rugby, beau comme un dieu grec. Justement, c’est l’heure du « hakka », sorte de danse puérile sensée faire peur. Nous savons comment faire peur. S’il faut que ça toque, ça toquera.

De dehors, nous regardons les premiers assauts néo-zélandais pourrir la défense française avant de nous retrouver dans un autre bar dégueulasse tenu par deux gros porcs puants, n’ayant pas de télé pour nous montrer le match. Le Rodeur râle et nous comprenons que c’est l’heure de la fameuse tournée de shooters-pastis-jus d’abricot. Le Carto nous rappelle que ce bar fut celui où le Colo tenta de dérober un couteau de cantine qu’il dû rendre faute de roublardise. Nous décidons de changer de bar mais tous sont pleins comme baraques à frites car le tout Paris regarde le match. Après quelques essais infructueux (comme ceux des Bleus) nous trouvons le repère parfait, point culminant de cet assaut. Le lieu est un bar typique où un escalier en colimaçon descend dans les profondeurs pour arriver sur une cave où l’ambiance est au top, tous comme les cris des commentateurs. L’ambiance est nickel, malgré la théâtralité d’une jeune femme moche un peu folle qui fond en larmes après qu’un mec lui a dit qu’elle ressemblait à Hitler. Tournée de pintes en main, je trouve à l’étage quelques accessoires de décoration festive qui finiront tous dans la bouche du Vino, surtout l’espèce de bite bleue en plastique qui avait pourtant trainé partout. Le Carto en profite lui pour taguer les nuques et les joues des Assassins aux couleurs tricolores, ce que le Camel n’apprécie pas du tout, mais DU TOUT.

Malgré nos cris d’encouragement, la France se fait défoncer, sodomiser, assassiner. Cela rappelle encore une fois un moment d’anthologie du Club quand le Colonel avait déclamé son discours de Bayeux à la gloire de Quasimageot. Le Carto est quasiment en pleurs à cette évocation et il le sera presque quand une rixe intra-assassine éclata. Le Rodeur, fou de rage que les Bleus aient perdu et fier de montrer que ce sport compte à ses yeux, rue de coups un Carto médusé qui réfléchira à deux fois avant de dire qu’une défaite est prévisible.

Le bar suivant est le bien nommé Violon Dingue, à deux pas de l’antre à adolescentes du Camel. A partir de ce moment, je dois avouer que la mémoire me lâche. Je ne me rappelle que d’une horrible norvégienne tatouée et percée qui m’a fait tomber de mon siège à coup d’épaule avant de s’attaquer à tous les Assassins sous sa main. Mais, malgré les nombreuses caresses et un Mime chaud comme la braise et puant le sexe, personne ne commet l’irréparable, le Vino’s act.

Ma mémoire se trouble encore plus car je me rappelle un dernier bar et deux italiennes pas très belles avec qui nous conversâmes trop longtemps avec le Peyo. Je ne me rappelle plus le départ d’Assassins comme le Carto, le Vino ou le PdM. Je ne me rappelle que d’un Mime en haut d’une montagne, défiant le Panthéon et ses soi-disant vedettes enterrées. Je me rappelle le retour incroyable du Batou. Je me souviens enfin que nous marchâmes longtemps pour trouver un bar que nous n’assassinâmes même pas, éreintés que nous étions. J’espère que vos souvenirs sauront compléter les miens. A vous mes très chers.

Le Butin